Wait Till You See Him (De Phazz Remix) by Ella Fitzgerald on Grooveshark L’Absurdité Moderne - Rpl Consortium Veritatis
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Ce blog a pour objet de permettre à tous de s'exprimer sur des sujets variés, touchant la politique, l'économie, la religion et plus généralement les problématiques sociales. Tout commentaire sera accepté s'il répond aux exigences de clarté et s'il fait preuve d'une architecture argumentative correcte.

Publié par Jérôme Carbriand sur

   Nous nous sommes proposés de réunir dans cet article un corpus de texte : trois auteurs ayant disserté sur les absurdités inhérentes au monde moderne. C’est ici une occasion pour les curieux de pénétrer quelque peu la pensée de ces hommes. Mais ne nous méprenons pas, car ces trois écrivains ne sont pas en accord sur des points pourtant fondamentaux de leurs analyses, et il convient de ne pas les enfermer au sein d’un quelconque courant, comme les universitaires ont la fâcheuse manie de le faire.

   On inscrit par exemple Guénon dans le domaine ésotérique, ce qui est vrai au premier regard ; dans l’imagerie collective, cela peut cependant correspondre à différents modes de réflexion contradictoires entre eux, relevant tant du néospiritualisme que du spriritisme, en passant par les traditionalistes occidentaux et un millier d’autres courants, plus ou moins distants du chemin emprunté par la réflexion de Guénon.

   Il est également chose commune de voir en Rousseau un philosophe des lumières ; n’ayant cessé de critiquer leurs oeuvres, Rousseau a souvent changé d’avis, ce qui rend son affiliation à un courant de pensée d’autant plus dénué de sens et complexe.

   Pour ce qui est de Nietzsche, l’incalculable cortège d’auteurs, pseudo philosophes et universitaires qui ont tenté une interprétation différenciée de ses textes témoignent d’eux-mêmes de l’inanité du rattachement de ce philosophe à une quelconque typologie. Comme de règle générale, si l’on veut comprendre cet auteur, il faut se rendre directement au texte car les mots qu’il emploie parlent d’eux-mêmes. Il n’est pas une âme qui pourra se faire une opinion sur un auteur par le biais d’un docteur ou un essayiste, qui lui même se base bien souvent sur les travaux d’un prédécesseur, sans avoir lu l’œuvre dudit penseur et se l’être appropriée de soi-même.

 

 

 

Rousseau le traditionnaliste ?

 

   Aujourd’hui que des recherches plus subtiles et un goût plus fin ont réduit l’art de plaire en principes, il règne dans nos mœurs une vile et trompeuse uniformité, et tous les esprits semblent avoir été jetés dans un même moule : sans cesse la politesse exige, la bienséance ordonne : sans cesse on suit des usages, jamais son propre génie. On n’ose plus paraître ce qu’on est ; et dans cette contrainte perpétuelle, les hommes qui forment ce troupeau qu’on appelle société, placés dans les mêmes circonstances, feront tous les mêmes choses si des motifs plus puissants ne les en détournent. On ne saura donc jamais bien à qui l’on a affaire : il faudra donc, pour connaître son ami, attendre les grandes occasions, c’est-à-dire attendre qu’il n’en soit plus temps, puisque c’est pour ces occasions mêmes qu’il eût été essentiel de le connaître.

   Quel cortège de vices n’accompagnera point cette incertitude ? Plus d’amitiés sincères ; plus d’estime réelle ; plus de confiance fondée. Les soupçons, les ombrages, les craintes, la froideur, la réserve, la haine, la trahison se cacheront sans cesse sous ce voile uniforme et perfide de politesse, sous cette urbanité si vantée que nous devons aux lumières de notre siècle. On ne profanera plus par des jurements le nom du maître de l’univers, mais on l’insultera par des blasphèmes, sans que nos oreilles scrupuleuses en soient offensées. On ne vantera pas son propre mérite, mais on rabaissera celui d’autrui. On n’outragera point grossièrement son ennemi, mais on le calomniera avec adresse.

   (...)

   De bonne foi, qu’on me dise quelle opinion les Athéniens mêmes devaient avoir de l’éloquence, quand ils l’écartèrent avec tant de soin de ce tribunal intègre des jugements duquel les dieux mêmes n’appelaient pas ? Que pensaient les Romains de la médecine, quand ils la bannirent de leur République ? Et quand un reste d’humanité porta les Espagnols à interdire à leurs gens de loi l’entrée de l’Amérique, quelle idée fallait-il qu’ils eussent de la jurisprudence ? Ne dirait-on pas qu’ils ont cru réparer par ce seul acte tous les maux qu’ils avaient faits à ces malheureux Indiens ?

(Discours sur les sciences et les arts, Jean-Jacques Rousseau)

 

 

 

Une civilisation matérielle

 

(Extrait de La crise du monde moderne, de René Guénon)

 

   On dira que ces hommes sont peu nombreux aujourd’hui, et on se croira autorisé par là à les tenir pour quantité négligeable ; là comme dans le domaine politique, la majorité s’arroge le droit d’écraser les minorités, qui, à ses yeux, ont évidemment tort d’exister, puisque cette existence même va à l’encontre de la manie “égalitaire” de l’uniformité. Mais, si l’on considère l’ensemble de l’humanité au lieu de se borner au monde occidental, la question change d’aspect : la majorité de tout à l’heure ne va-t-elle pas devenir une minorité ? Aussi n’est-ce plus le même argument qu’on fait valoir dans ce cas, et, par une étrange contradiction, c’est au nom de leur “supériorité” que ces “égalitaires” veulent imposer leur civilisation au reste du monde, et qu’ils vont porter le trouble chez des gens qui ne leur demandaient rien ; et, comme cette “supériorité” n’existe qu’au point de vue matériel, il est tout naturel qu’elle s’impose par les moyens les plus brutaux. Qu’on ne s’y méprenne pas d’ailleurs : si le grand public adopte de bonne foi ces prétextes de “civilisation”, il en est certains pour qui ce n’est qu’une simple hypocrisie “moraliste”, un masque de l’esprit de conquête et des intérêts économiques : mais quelle singulière époque que celle où tant d’hommes se laisse persuader qu’on fait le bonheur d’un peuple en l’asservissant, en lui enlevant ce qu’il a de plus précieux, c’est-à-dire sa propre civilisation, en l’obligeant à adopter des mœurs et des institutions qui sont faites pour une autre race, et en l’astreignant aux travaux les plus pénibles pour lui faire acquérir des choses qui lui sont de la plus parfaite inutilité ! Car c’est ainsi : l’Occident moderne ne peut tolérer que des hommes préfèrent travailler moins et se contenter de peu pour vivre ; comme la quantité seule compte, et comme ce qui ne tombe pas sous le sens est d’ailleurs tenu pour inexistant, il est admis que celui qui ne s’agite pas et qui ne produit pas matériellement ne peut être qu’un “paresseux” ; sans même parler à cet égard des appréciations portées couramment sur les peuples orientaux, il n’y a qu’à voir comment sont jugés les ordres contemplatifs, et cela jusque dans les milieux soi-disant religieux. Dans un tel monde, il n’y a plus de place pour l’intelligence ni pour tout ce qui est purement intérieur, car se sont là des choses qui ne se voient ni ne se touchent, qui ne se comptent ni ne se pèsent : il n’y a de place que pour l’action extérieure sous toutes ses formes, y compris les plus dépourvues de toute signification.

 

 

 

Nietzsche sur la démocratie et les institutions modernes

 

   Nos institutions ne valent plus rien : là-dessus tout le monde est d’accord. Pourtant la faute n’en est pas à elles, mais à nous. Tous les instincts d’où sont sorties les institutions s’étant égarés, celles-ci à leur tour nous échappent, parce que nous ne nous y adaptons plus. De tous temps le démocratisme a été la forme de décomposition de la force organisatrice : dans Humain, trop humain, chap. II, p. 318, j’ai déjà caractérisé, comme une forme de décadence de la force organisatrice, la démocratie moderne ainsi que ses palliatifs, tel « l’Empire allemand ». Pour qu’il y ait des institutions, il faut qu’il y ait une sorte de volonté, d’instinct, d’impératif antilibéral jusqu’à la méchanceté : une volonté de tradition, d’autorité, de responsabilité, établie sur des siècles, de solidarité enchaînée à travers des siècles, dans le passé et dans l’avenir, in infinitum. Lorsque cette volonté existe, il se fonde quelque chose comme l’imperium Romanum : ou comme la Russie, la seule puissance qui ait aujourd’hui l’espoir de quelque durée, qui puisse attendre, qui puisse encore promettre quelque chose, – la Russie, l’idée contraire de la misérable manie des petits États européens, de la nervosité européenne que la fondation de l’Empire allemand a fait entrer dans sa période critique... Tout l’Occident n’a plus ces instincts d’où naissent les institutions, d’où naît l’avenir : rien n’est peut-être en opposition plus absolue à son « esprit moderne ». On vit pour aujourd’hui, on vit très vite, – on vit sans aucune responsabilité : c’est précisément ce que l’on appelle « liberté ». Tout ce qui fait que les institutions sont des institutions est méprisé, haï, écarté : on se croit de nouveau en danger d’esclavage dès que le mot « autorité » se fait seulement entendre. La décadence dans l’instinct d’évaluation de nos politiciens, de nos partis politiques va jusqu’à préférer instinctivement ce qui décompose, ce qui hâte la fin… Témoin : le mariage moderne. Apparemment toute raison s’en est retirée : pourtant cela n’est pas une objection contre le mariage, mais contre la modernité. La raison du mariage – elle résidait dans la responsabilité juridique exclusive de l’homme : de cette façon le mariage avait un élément prépondérant, tandis qu’aujourd’hui il boite sur deux jambes. La raison du mariage – elle résidait dans le principe de son indissolution : cela lui donnait un accent qui, en face du hasard des sentiments et des passions, des impulsions du moment, savait se faire écouter. Elle résidait de même dans la responsabilité des familles quant au choix des époux. Avec cette indulgence croissante pour le mariage d’amour on a éliminé les bases mêmes du mariage, tout ce qui en faisait une institution. Jamais, au grand jamais, on ne fonde une institution sur une idiosyncrasie ; je le répète, on ne fonde pas le mariage sur « l’amour », –  on le fonde sur l’instinct de l’espèce, sur l’instinct de propriété (la femme et les enfants étant des propriétés), sur l’instinct de la domination qui sans cesse s’organise dans la famille en petite souveraineté, qui a besoin des enfants et des héritiers pour maintenir, physiologiquement aussi, en mesure acquise de puissance, d’influence, de richesse, pour préparer de longues tâches, une solidarité d’instinct entre les siècles. Le mariage, en tant qu’institution, comprend déjà l’affirmation de la forme d’organisation la plus grande et la plus durable : si la société prise comme un tout ne peut porter caution d’elle-même jusque dans les générations les plus éloignées, le mariage est complètement dépourvu de sens. – Le mariage moderne a perdu sa signification – par conséquent on le supprime. »

(Le Crépuscule des idoles, Nietzsche, § 39)

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“Une crise n’est pas nécessairement une catastrophe. C’est avant tout l’instant critique où la décision devient non seulement possible, mais aussi nécessaire. René Guénon”

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